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Quand on arrive en ville ...

  • Photo du rédacteur: Caroline
    Caroline
  • 19 févr. 2023
  • 10 min de lecture

Dernière mise à jour : 12 oct. 2024



Spectacle de Luc Plamondon et Michel Berger, mis en scène par Thomas Jolly

Année : 2022

Pays : France


Cast d’origine : Lilya Adad/Gabrielle Lapointe (Cristal), Côme (Johnny Rockfort), Alex Montembault (Marie Jeanne), Adrien Fruit (Ziggy), Maag (Stella Spotlight), David Latulippe (Zéro Janvier), Miriam Baghdassarian (Sadia), Simon Geoffroy (Gourou Marabout)


En bref


A Monopolis, les élections pour la présidence de l’Occident voient s’affronter Zéro Janvier et Gourou Marabout. De l’amour inattendu à l’amour impossible, de l’Underground café au Naziland, les destins des habitants s’entrecroisent jusqu’au dénouement à couper le souffle.


Mon avis


J’ai un défaut, dans les comédies musicales comme dans la vie de tous les jours, c’est que dès qu’il y a un peu trop de « hype » autour de quelque chose, ça a le don de m’exaspérer et mon opinion à ce sujet va forcément en pâtir, par pur esprit de contradiction. Ca a été le cas au début pour Hamilton, et ça l’est toujours pour Hadestown ou Dear Evan Hansen par exemple. Starmania aura été l’exception qui confirme ma règle. Vu avant-hier soir et hier soir, et je suis ce matin devant mon ordinateur, à essayer de coucher tout sur le papier (oui, enfin, le clavier … bref, vous avez compris) alors que c’est encore frais dans la tête (et aussi un peu dans la section Notes de mon téléphone).


J’ai donc vu Starmania deux soirs de suite, au Galaxie d’Amnéville. Ce n’était pas prévu comme ça, je devais seulement y aller le samedi soir, mais peu avant Noël, ma maman a émis l’envie d’y aller, et comme je galérais justement à trouver une idée de cadeau, j’ai dit bingo ! Cela m’a permis de voir le spectacle deux fois, et après coup, je me rends compte que c’est exactement ce qu’il me fallait parce que j’ai enchaîné les bêtises en amont.


Starmania est un spectacle de la fin des années 70, un incontournable dans l’univers de la comédie musicale, avec un paquet de chansons absolument cultes. Et pourtant, je n’avais qu’une vision tronquée de ce spectacle. Je n’ai jamais écouté l’album original dans son ensemble, j’ai toujours préféré la version de Mogador avec Bruno Pelletier et Luce Dufault. Ma première bêtise est d’avoir toujours considéré les morceaux comme des chansons à part entière et non comme faisant partie intégrante d’une histoire, donc sans chercher à la connaître et passant de ce fait à côté de la portée de certaines. De plus, l’histoire ayant été plusieurs fois remaniée au fil des années, celle de la version de 1994 est fort différente de l’originale, reprise dans cette nouvelle mouture 2022.


Ma seconde bêtise, qui découle de la première, est de m’être construit une image complètement faussée des personnages, ne matchant pas du tout avec le synopsis. Dans mon esprit, Johnny Rockfort avait un côté un peu romanesque, plus héros romantique que vraiment sombre, alors pour celleux qui ont vu le show, vous devez bien imaginer le choc pour moi dès son premier tableau ! De même, j’avais toujours vu le personnage de Marie Jeanne comme plus flamboyant qu’effacé, et je m’imaginais toujours le tableau de « Le monde est stone » comme un cri déchirant, plein de colère et de violence, sur fond apocalyptique. A nouveau, je pense que si vous êtes déjà passé.e par Monopolis, vous devez bien vous marrer en lisant ces lignes.


Et ma 3e erreur a été celle de l’impatience. J’avais ma place pour le samedi soir depuis juin 2021, c’est dire si j’attendais cette soirée et ce spectacle en trépignant, l'impatience exacerbée par tous les bons commentaires que j’entends depuis des mois, que ce soit à travers les médias, spécialisés ou non, ou les retours de connaissances. La semaine qui a précédé, je décomptais les jours avant le jour J, et pour me mettre dans l’ambiance, qu’est ce que j’ai fait ? J’ai écouté le CD de 1994 en boucle …


Donc voilà, j’ai débarqué vendredi soir dans la salle du Galaxie d’Amnéville, avec une idée assez pré-conçue de ce que j’allais voir et entendre. Alors évidemment, ça n’a pas du tout correspondu à ma vision, et si j’ai passé une merveilleuse soirée, j’en suis sortie avec quelques bémols. Bémols qui ont été balayés à la suite de ma seconde séance, où je suis retournée avec moins d’a priori et l’esprit bien plus ouvert, ce qui m’a permis d’apprécier encore plus le spectacle.


Il y a plein de choses à dire, par quoi commençons-nous ?


On va évacuer le seul point noir, dont je ne sais pas trop si il est lié à la salle ou au spectacle en lui-même, à savoir le son. Le Galaxie d’Amnéville est une salle immense qui a vu défiler des grands noms de la musique (Aerosmith, Elton John, Scorpions …) mais qui, selon moi, a toujours eu une sono assez désastreuse en matière de comédies musicales. J’avais déjà été déçue sur « Je vais t’aimer », et rebelote sur Starmania. La musique était sur certains morceaux trop forte par rapport aux voix, j’ai à peine saisi la moitié des paroles de «Starmania, Starmania » ou « Paranoïa », ce que je trouve dommage.


Pour le reste, j’en ai pris plein les yeux et les oreilles. Le combo mise en scène/décor/lumières est incroyablement intelligent, et parfaitement adapté aux morceaux. Là où sur un autre spectacle, j’aurais dit que la scène paraissait vide et qu’il n’y avait pas assez de décors, ici, le lightshow vient remplir cet espace vide. Je l’ai dit un peu plus haut, la partition est bourrée de chansons cultissimes, ultra puissantes et qui se suffisent à elles mêmes, sans avoir besoin de rajouter des décors ou des chorégraphies, ce qui a complètement été réalisé ici. L’illustration parfaite est pour moi le tableau du « Blues du Businessman », centré sur Zéro Janvier et la performance de son interprète. Visuellement, les lumières sont travaillées aussi bien pour sublimer les artistes que diriger l’attention des spectateurs afin d’avoir ce petit côté « magique » d’apparition et de disparition de certains personnages. Si je peux apporter un tout petit mini bémol, c’est que parfois, l’attention est justement portée un peu trop sur les personnages principaux dont on a du mal à détacher les yeux, au détriment de l’ensemble. Cependant, cette sensation est probablement due à mon placement dans la salle. Vous me connaissez, j’aime être au plus proche de la scène quand je vais voir un spectacle. Mais pour Starmania, un peu comme pour Moulin Rouge, je trouve que c’est un show qui doit se voir d’un peu plus loin que les premiers rangs (quoique, je vais nuancer cet avis un peu plus bas), pour en apprécier la globalité (et aussi parce que l’intermède vidéo finit par donner un peu la nausée quand on le voit de si près). Ce show a un potentiel photogénique assez énorme, je pense notamment à la reprise de Monopolis, Cristal et Johnny sur la voiture, avec les rais de lumière dans le fond. Je ne suis que jalousie envers les photographes qui ont pu shooter l’ensemble du spectacle, quand j’ai dû me contenter de mon Iphone sur le final (dites le Galaxie, même les théâtres londoniens acceptent maintenant, vous pourriez faire un effort non ?).



J’ai adoré les costumes, je serais bien repartie avec les bottines de Cristal, la perruque de Sadia et la robe blanche de Stella ! Evitant l’écueil de la caricature futuriste dans l’esprit « Back to the future 2 », je les trouve remarquablement actuels, ce qui renforce pour moi l’intemporalité de l’histoire. Je ne vais pas développer cet aspect, cet article va être bien assez long comme ça et d’autres l’ont fait mieux que moi mais ça fait froid dans le dos de voir à quel point les discours de Zéro Janvier résonnent un peu trop avec l’actualité …


On appréciera aussi les petits clins d’œil à la version originale, depuis la plaque d’immatriculation de la voiture de Johnny à l’intermède dans l’Underground café.


Parlons un peu des artistes ! Absolument incroyables, les danseur.ses mettent magnifiquement en valeur les chorégraphies de Sidi Larbi Cherkaoui, à moins que ce ne soit l’inverse, la symbiose est telle que c’est dur à dire. C’est aussi très chouette que les doublures soient sur scène quoi qu’il arrive. Je trouve qu’il se dégage une impression de cohésion de l’ensemble du cast, qui se ressent jusque dans la salle.


Vocalement, je crois bien que je n’ai jamais été autant emballée par un cast de spectacle français que par celui-ci. Les chansons ne sont pas les plus faciles à chanter (et c’est un euphémisme !), et je suis restée abasourdie devant tant de justesse et de puissance.

Chaque personnage est bien défini vocalement parlant, là où parfois ça a pu être moins le cas par le passé selon le casting. Les harmonies sont belles à en pleurer, avec un coup de cœur absolu pour le duo Adrien/Alex sur « Le duo d'adieu » (oui, j’en ai encore des frissons rien que d’y repenser en tapant ces lignes).


Gourou Marabout était interprété sur les 2 séances auxquelles j’ai assisté par Malaïka Lacy. Je trouve absolument génial de pouvoir voir aussi bien un homme qu’une femme sur ce rôle, j’aurais adoré pouvoir voir les deux pendant le week end pour voir les différences, je suis sûre que chacun apporte quelque chose d'autre au personnage. Je regrette vraiment les errances de son sur « Paranoïa », j’ai la sensation de ne pas avoir pu prendre toute la mesure de la puissance de la voix de Malaïka.

Miriam Baghdassarian est une Sadia explosive et vénéneuse et maîtrise la voix de sifflet comme personne ! Elle te réveille la salle en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire avec « Ce soir on danse au Naziland » !


Un autre qui se distingue dans ce registre, c’est Adrien Fruit, véritable showman qui nous donne envie de danser avec lui que ce soit sur « la chanson de Ziggy » ou « Enfant de la pollution ». Mais au-delà de cet aspect, j’ai aussi beaucoup aimé le côté plus profond du personnage qu’on peut apercevoir vers le milieu de l’acte 2. C’est indéniable, le rôle lui va comme un gant, il est parfait !


Impossible de ne pas évoquer la richesse de la voix de Maag dans le rôle de Stella, ainsi que la justesse de son interprétation. Avec Cristal, je trouve que c’est l’un des rôles les plus intéressants, avec le plus de facettes, qu’elle a su parfaitement retranscrire sur scène. Son « rêve de Stella Spotlight » est un moment de poésie intense durant lequel elle tient cette salle immense dans le creux de sa main sans aucune difficulté.

Pour tenir la dragée haute à une Stella de cette carrure sur son « Ego trip », il fallait en face un artiste avec de la présence, du charisme et une voix puissante, aussi solide que du béton. David Latulippe coche toutes les cases et ce n’est pas pour rien que « Le Blues du Businessman » a été l’un des morceaux les plus applaudis de la soirée.


Je l’ai dit un peu plus haut, j’avais une idée bien arrêtée sur Marie Jeanne, vision très personnelle de comment je l’aurais interprétée. Je n’en ai vraiment pris toute l’ampleur qu’à ma seconde représentation, mais la version d’Alex Montembault a tout balayé. Je n’avais jamais vu Marie Jeanne comme une narratrice, un peu à la Gringoire dans Notre Dame de Paris, mais ça fonctionne tellement bien !!! En plus, la voix d’Alex a cette espèce de pureté quasi juvénile, ça renforce encore plus l’aspect spectateur impuissant trop pur pour ce monde de l’interprétation d’Alex, dont l’apogée se trouve dans les dernières secondes du spectacle et vous transperce en plein cœur.


Et je termine avec mes deux coups de cœur du spectacle, le duo Gabrielle Lapointe et William Cloutier, respectivement Cristal et Johnny Rockfort, à qui je dois un de mes moments préférés du spectacle, en l’occurrence « Quand on n’a plus rien à perdre ». Dès la fin de Monopolis, j’étais déjà sous le charme de la voix de Gabrielle, qui fait honneur au nom du personnage qu’elle interprète. Je crois que j’aurais pu l’écouter des heures, chanter tout le spectacle à elle seule sans me lasser. Elle fait évoluer son personnage tout du long avec une aisance incroyable quel que soit le registre. L’alchimie avec William est saisissante, le duo fonctionne hyper bien.


L’ensemble du spectacle est pensé pour des grandes salles, et tu peux être placé.e assez loin, ce qui ne te permet pas de voir les visages des artistes. Et c’est ce qui m’a un peu gênée le premier soir avec la performance de William dans le rôle de Johnny parce que en fait, à cause de ça, je suis passée à côté de la profondeur et la justesse de son jeu. J’ai vécu le truc complètement différemment le second soir, depuis le premier rang, où j’ai été cueillie dès les premières secondes de

« Quand on arrive en ville » par son regard hanté qui donnait une toute autre dimension au personnage. Evidemment, tout le monde attend le « SOS d’un terrien en détresse » et juste avant le début de la chanson, je me suis dit « Ok, ça passe ou ça casse ». Autant vous dire que ça passe plus que largement, j’avais la mâchoire décrochée pendant les ¾ du morceau, surtout compte tenu de la mise en scène. Sérieux, la chanson est pas assez difficile comme ça, il fallait vraiment rajouter la difficulté supplémentaire de faire chanter son interprète dans cette position là ?


Petit update, suite à mon retour à Monopolis sur une des dates rouennaises de la tournée ...

J'ai eu la chance de pouvoir applaudir 3 artistes non vus à Amnéville, à commencer par Côme en Johnny Rockfort. Les quelques aigus qui manquent sont compensés par son charisme et son investissement dans le rôle, rendant le personnage hypnotique, magnétique, dont on peine à détacher les yeux. Très contente aussi de voir la version masculine du rôle de Gourou Marabout. Un Gourou moins impressionnant vocalement, mais plus déjanté et plus inquiétant; coup de génie que d'avoir confié ce rôle à deux artistes aussi talentueux pour que chacun le fasse à sa sauce. Et enfin, j'ai pu découvrir le Zéro Janvier d'Aurel Fabrègues, totalement différent de celui de David Latulippe. Là où le ZJ de David est froid et calculateur, celui d'Aurel est irascible et imprévisible. Vocalement, j'adore son timbre de voix, une très belle découverte dans ce rôle ! Je suis très agréablement surprise de voir quelle latitude il a été donné aux artistes pour composer leur version du rôle, cela me donne très envie de voir les autres alternant.e.s dans les rôles qu'ils doublent.


J’avais peur avant d’y aller. Quand on attend si longtemps quelque chose, il y a toujours le risque d’être déçu.e si ce n’est pas à la hauteur de nos espérances. Autant vous dire que mes appréhensions ont vite volé en éclat et mes espérances largement dépassées ! Un dernier regret ? Qu’il n’y ait pas (encore ?) d’album pour cette nouvelle version. Le succès du show jusqu’à présent est totalement justifié, je leur en souhaite encore beaucoup à l’avenir ! Quant à moi, c’était ma première pour Starmania, mais je pense que ce ne sera sûrement pas la dernière, j’ai très très envie d’aller refaire prochainement un tour du côté de Monopolis …

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