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Moulin Rouge !

  • Photo du rédacteur: Caroline
    Caroline
  • 7 août 2022
  • 9 min de lecture

Dernière mise à jour : 12 oct. 2024


DVD du film Moulin Rouge, Playbill du spectacle signé par plusieurs artistes, programme souvenir du spectacle, pins reprenant la devise des Bohémiens "freedom, Beauty, truth and love", arrangés sur un fond rouge avec un boa en plumes rouges

Spectacle de Justin Levine et John Logan

Année : 2019

Pays : Etats Unis


Cast d'origine : Aaron Tveit (Christian), Karen Olivo (Satine), Tam Mutu (Le Duc de Monroth), Danny Burstein (Harold Zidler), Sahr Ngaujah (Toulouse-Lautrec), Ricky Rojas (Santiago), Robyn Hurder (Nini), Jacqueline B Arnold (La Chocolat), Holly James (Arabia), Jeigh Madjus (Baby Doll)


En bref


Montmartre, à la Belle Epoque. La belle Satine est la tête d'affiche du célèbre Moulin Rouge et fait tourner toutes les têtes, dont celle de Christian, poète sans le sou, et celle du très riche Duc de Monroth. Le cabaret est en train de sombrer financièrement, et le Duc pourrait le sauver du naufrage, mais ce ne sera pas sans contrepartie et Satine pourrait bien y laisser quelques plumes ...



Mon avis


!! Cet article contient des spoilers visuels et sur l'histoire !!


Moulin Rouge ! est une comédie musicale adaptée du film de Baz Luhrmann et sorti en 2001. Après des essais à Boston en 2018, il a ouvert officiellement à Broadway en 2019 puis est parti à la conquête du monde : tournée américaine, Londres, l'Australie et très bientôt une adaptation en allemand à Cologne à partir d'octobre 2022 et ainsi qu'une production à Séoul à la fin de l'année.


La première fois que j'ai entendu parler du projet, j'ai trouvé l'idée très intéressante, et pas seulement parce qu'Aaron Tveit était annoncé au casting en tant que Christian ! Souvent, lorsqu'on adapte un film sur scène, on part de zéro et tout le matériel musical est à créer (Legally blonde, Bend it like Beckham, Mean girls ...). Mais ici, le film d'origine étant déjà musical, il semblait presque logique qu'il soit transposé sur scène. Toutefois, c'est toujours un peu dangereux car le public va s'attendre à retrouver 100% du film, ce qui n'est pas le cas ici. Le show comme le film sont des juke box musicals. Mais si on retrouve les grands classiques comme "Come what may", "Your song" ou encore "Nature boy", d'autres morceaux ont été abandonnés. Exit "La complainte de la butte" (et RIP mon espoir d'entendre Aaron chanter en français), et la rendition de Satine, "I'll Fly away", est remplacée par une version plus intimiste du "Firework" de Katy Perry. La bande son a été résolument modernisée à coup de mash-up Adele/Gnarls Barkley, Sia et autres Britney Spears. Je reparlerai des jukebox musicals dans un prochain article, mais l'un des aspects qui peut être gênant, c'est que le risque que le public connaisse par coeur les chansons (et donc chante pendant le show) augmente. J'ai vu Moulin Rouge 6 fois à ce jour (5 fois à Broadway et 1 fois à Londres) et de façon assez surprenante, je n'ai jamais trop eu ce problème; juste un peu d'agacement à la première représentation que j'ai faite, car le public riait à chaque fois qu'il reconnaissait une chanson, c'est à dire, toutes les deux minutes. J'imagine que l'idée était de dépoussiérer une bande son de 20 ans auparavant, pour essayer de draguer un public plus jeune en plus des trentenaires comme moi qui ont connu le film d'origine à sa sortie durant leur adolescence. Pour avoir lu pas mal de commentaires à ce sujet sur les réseaux sociaux, je sais que ça a gêné beaucoup de monde, ce qui n'est pas mon cas. Il est vrai que je m'attendais très fort à entendre "I'll fly away" et que j'ai été déçue que ça ne soit pas le cas mais globalement, j'ai beaucoup aimé les mash-ups et les arrangements des nouveaux morceaux, particulièrement les harmonies sur "Chandelier".


Visuellement, c'est absolument incroyable. Moulin Rouge possède sans conteste le plus beau set de Broadway et du West End. Dès l'arrivée dans l'auditorium, on est immergés dans une ambiance feutrée, le décor empiétant largement sur la salle. Cette impression s'accentue au fur et à mesure du pré-show, ces 5-10 minutes avant le début du spectacle à proprement parler, durant lesquelles les membres de l'ensemble viennent prendre possession de la scène doucement, observant le public, jusqu'à ce que Christian vienne officiellement lever le rideau sur le Moulin Rouge. Une attention toute particulière est portée aux détails, et les décors, notamment ceux de Montmartre, semblent plus vrais que nature ! L'une de mes habitudes, lorsque je vais voir un show anglophone dont l'action a un lien avec la France à un moment ou un autre, est de traquer la moindre faute de français. Si j'ai déniché des petites erreurs d'inattention sur &Juliet et Back to the Future par exemple, j'ai eu beau chercher sur Moulin Rouge, je n'ai rien trouvé, à part la prononciation un peu approximative de "Sacré Coeur", massacrée par tous les interprètes à l'exception de Jason Pennycooke. Beaucoup de tableaux sont fidèles au film et raviront les fans. Les costumes sont sublimes, surtout ceux de Satine. J'avais eu la chance de pouvoir en approcher un d'assez près lors de l'exposition "Showstoppers" à New York, et j'avais été subjuguée par la délicatesse et le souci du détail.


L'histoire a été conservée sur les grandes lignes : le triangle amoureux Satine/Christian/Monroth, le montage du spectacle dont l'histoire fait écho à la réalité, la situation critique du Moulin Rouge ... D'autres aspects en revanche ont été complètement repensés. Je n'avais pas revu le film depuis mes années lycées (j'avais 31 ans au moment où j'ai vu le spectacle la première fois, je vous laisse faire le calcul ...) donc mes souvenirs s'étaient fort estompés. Je l'ai revu pour la rédaction de cet article et j'ai été très surprise de retrouver autant d'éléments du film dans le show, même si ce sont surtout des éléments visuels.


Le côté loufoque, parfois à la limite de l'absurde, a été complètement gommé et les personnages secondaires retravaillés. Nini n'est plus une méchante dans l'histoire, ce rôle est désormais dévolu au favori de Zidler, permettant ainsi d'instaurer un semblant de sororité entre les filles du Rouge. De la troupe de bohémiens du film n'en sont gardés que deux : l'argentin narcoleptique, qui n'est plus narcoleptique et qui a été prénommé Santiago entre temps, et Toulouse Lautrec. Même si je ne vois pas bien matériellement comment il aurait été possible de le faire, j'aurais bien aimé un peu plus de développement dans la relation Nini/Santiago. Leur duo nous offre toutefois le décoiffant "Backstage Romance", incroyable ouverture du second acte qui récolte une ovation à représentation.


Le changement le plus flagrant est dans le personnage de Toulouse-Lautrec, qui prend une toute autre dimension dans le spectacle. De comique et limite ridicule, il devient fier, flamboyant et touchant dans sa relation avec Satine. Sahr Ngaujah est formidable dans ce rôle, dont on sent qu'il l'a travaillé jusqu'à l'habiter entièrement, poussant le souci d'authenticité jusqu'à aller insérer un "putain" en français dans une scène (sérieusement, peut-on faire plus français que ça ?) ! Même si les nominations des Tony Awards 2021 ont été controversées, celle de Sahr n'était absolument pas volée !


Eric Anderson dans le rôle d'Harold Zidler
Eric Anderson dans le rôle d'Harold Zidler - Al Hirschfeld Theatre, New York

Idem pour celle de Danny Burstein, lauréat du trophée du meilleur acteur dans un second rôle. Son Zidler est irrévérencieux, haut en couleurs, mais en même temps profondément humain. C'est bien le seul rôle où je peux dire que j'ai aimé les performances de tous les titulaires que j'ai pu voir (Danny, Eric Anderson et Clive Carter). Chacun y apportait ses propres nuances bien sûr, mais l'essence du personnage restait le même, fidèle au Zidler du film.


Le personnage du Duc en revanche s'éloigne plus ou moins de celui interprété par Richard Roxburgh. Contrairement au film, l'équipe créative du show a pris le parti de faire du Duc un homme attirant, dans le genre grand brun ténébreux. Certains interprètes vont toutefois choisir de faire ressortir un peu plus le côté sadique, comme Simon Bailey (Londres). Les possibilités d'interprétation sont multiples avec ce personnage, ce que je trouve très intéressant. Je suis extrêmement curieuse de voir ce que va proposer Gian Marco Schiaretti dans la production allemande !


Danny Burstein, Ashley Loren et Tam Mutu
Danny Burstein, Ashley Loren et Tam Mutu - Al Hisrchfeld Theatre, New York

La Satine de Nicole Kidman était un peu double-face. Dans l'excès de minauderie lorsqu'elle incarnait le Sparkling Diamond, c'était complètement une autre personne lorsqu'elle jouait Satine. Cette dualité dans le personnage a été très fortement diminuée dans la version scénique. J'ai pu voir 4 Satine différentes dans le spectacle, dont Karen Olivo qui a créé le rôle. La seule chose qui a sauvé sa performance pour moi, c'était le facteur surprise et découverte, puisque c'est elle qui jouait lorsque j'ai vu le show pour la première fois. Pour le reste, on repassera. Vocalement, pas de gros reproches, mais aucune alchimie avec Aaron, et un jeu "meh". J'avais adoré Liisi La Fontaine (Londres) dans Dreamgirls et je l'ai trouvée vraiment bien. Idem pour Tasia Jungbauer (doublure Broadway). Mais quand on a connu la performance d'Ashley Loren, la comparaison devient plus dure. Ashley EST Satine. Son interprétation est intelligente, construite, subtile, dosée juste ce qu'il faut. Vocalement, elle est solide comme du béton armé, son "Firework" est à couper le souffle. C'est généralement assez rare lors d'un changement de casting qu'un rôle principal soit repris par l'artiste qui le doublait. Si Ashley a repris le rôle à plein temps, il y a bien une raison et j'en suis absolument ravie pour elle, elle a enfin la place qui aurait dû lui revenir dès le départ et brille de mille feux dans les talons hauts du Sparkling Diamond.


Ce qui m'a fait courir prendre une place pour le spectacle (et y laisser un rein au passage), c'est Aaron Tveit. J'attendais depuis des années de le voir sur scène, et encore plus dans ce show. Pour moi, dès l'annonce de son casting, j'étais persuadée qu'il serait parfait. L'a-t-il été ? Difficile à dire, je ne suis pas très objective. Aaron est un artiste qu'on adore ou qu'on déteste, même si je n'ai jamais vraiment compris pourquoi il cristallisait autant de tensions autour de lui. Vous devinerez sans peine dans quel camp je me situe ... J'ai beaucoup aimé son Christian et adhéré à tout ce qu'il a pu proposer. Le seul reproche que je pourrais lui faire est que je n'ai jamais senti 100% d'alchimie avec Satine. C'était moins pire avec Ashley qu'avec Karen, mais pour un trait qui est censé être essentiel dans l'histoire, c'est un peu dommage. J'ai pu depuis voir deux autres interprétations de Christian, celles de Jamie Bogyo à Londres et celle de Derek Klena à New York. Avant d'aller voir Jamie, je n'étais pas très convaincue, je le trouvais super jeune pour ce rôle. Finalement, la surprise a été bonne, mais sa prestation ne m'a pas marquée plus que ça puisque je n'en garde pas vraiment de souvenir un an après ... Si je ne voyais pas Aaron partir et surtout, qui pourrait le remplacer, je dois avouer que l'annonce de Derek m'a semblé le meilleur choix possible. Vocalement, il me semble plus solide qu'Aaron, avec plus de puissance, et il est bien plus à l'aise d'un point de vue danse et déplacements. Je suis moins fan de son interprétation en revanche, je n'ai pas spécialement aimé ce coté jeune et naïf qui s'émerveille de tout qu'il donne au personnage (hyper paradoxal, je vous l'accorde vu qu'il a bien 10 ans de plus que Jamie !).


Kaitlin Mesh, Caleb Marshall-Villareal, Derek Klena, Bobby Daye, Tasia Jungbauer et Declan Bennett
Kaitlin Mesh, Caleb Marshall-Villareal, Derek Klena, Bobby Daye, Tasia Jungbauer et Declan Bennett

Je n'ai donc rien à dire de négatif sur ce show ? Eh bien si ... Si j'ai une seule chose à véritablement reprocher à Moulin Rouge!, c'est le prix des places. Au moment où j'écris cet article, j'ai vu plus de 200 shows, et c'est Moulin Rouge! qui remporte la palme du prix le plus indécent que j'ai pu mettre dans un ticket de spectacle. Les prix ont baissé depuis l'ouverture, mais restent toujours parmi les plus élevés de Broadway, de même que dans le West End. OK, il faut bien payer tous les royalties des morceaux utilisés, et il faut aussi amortir ce décor spectaculaire, mais j'ai la sensation qu'ils ont voulu profiter de la vague Hamilton qui a fait s'envoler les prix des billets directement dans la stratosphère. Ils en reviennent un peu, puisque les tarifs ont diminué depuis l'ouverture, même sur les séances du week end qui sont toujours les plus chères.


Je trouve aussi que le concept de la "can-can table" est intéressant sur le papier, mais peut être un peu décevant dans la réalité. Les "can-can tables" sont ces places situées dans l'espace libre entre la scène et l'avancée.


La photo ci-dessus montre la disposition à Londres. A New York, toutes les tables sont dans l'espace délimité par l'arc de cercle, et c'est le premier rang de l'orchestre qui est situé là où on voit les 5 tables. A la limite, je pense que ces places là peuvent être sympas, mais je déconseille les tables à l'intérieur. Certes, on est au plus près de l'action, les interactions avec les artistes sont vraiment cool, mais on loupe un certain nombre de choses quand même, sans parler des robes qu'on se prend régulièrement dans la figure. Par ailleurs, à New York, on est vraiment serrés car il n'y a pas beaucoup d'espace dans cette zone, ce qui n'est pas forcément très agréable.


Moulin Rouge ! est pour moi un parfait exemple d'une transposition réussie du film à la scène, même si le show partait avec une longueur d'avance puisque musical à la base. Ce spectacle est l'assurance de passer une excellente soirée, même pour des personnes qui ne seraient pas forcément fans de comédies musicales à la base. J'ai fait découvrir la bande originale à deux personnes qui n'ont probablement jamais vu une comédie musicale de leur vie et dont une ne connaissait même pas le film, et elles ont adoré ! Je le place dans le top 3 de mes suggestions lorsqu'on me demande quoi aller voir à New York ou à Londres, malgré le prix des places (il y a toujours moyen de trouver des réducs tout de même) car il réunit tout ce que la comédie musicale fait de mieux : une histoire intemporelle, des costumes et des décors incroyables, des chorégraphies de dingue, de très belles voix, le tout avec des musiques connues. Alors la prochaine fois que vous serez dans une de ces deux villes, n'hésitez pas à aller faire un tour du côté du Rouge, vous ne serez pas déçu.es !

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