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Molière

  • Photo du rédacteur: Caroline
    Caroline
  • 14 avr. 2024
  • 9 min de lecture



Spectacle de Dove Attia, mis en scène par Ladislas Chollat et chorégraphié par Romain RB

Année : 2023

Pays : France


Cast d'origine : PETiTOM (Molière), Morgan (Madeleine Béjart), Abi Bernadoth (Le Prince de Conti), Lou (Armande Béjart), Vike (Louis Béjart), Shaïna Pronzola (Marquise), Basile Sommermeyer (Joseph Béjart/Lagrange), David Alexis (Jean Poquelin/Monsieur)

 

En bref


« Je m’appelle Jean Baptiste, Jean Baptiste Poquelin,  je serai comédien ! » De Jean Baptiste à Molière, il n’y a qu’un pas. Depuis ses débuts à l’Illustre Théâtre aux côtés de Madeleine Béjart, ce spectacle raconte le parcours semé d’embûches de Molière, qui fera de lui l’un des piliers du théâtre français, dont on étudie encore les pièces à l’école des siècles plus tard.



Mon avis

 

Pour être 100% honnête, j’avais presque déjà rédigé cet article dans ma tête, ou tout du moins, je savais que j’allais bâcher, clasher, lyncher ce spectacle (iykyk). Du moment où le premier visuel est sorti, j’étais persuadée que j’allais détester car on allait nous ressortir un Hamilton de chez Wish version française. Il faut dire que dans la façon dont le show a été présenté dès le départ, ce n’était pas une vague ressemblance mais un bon gros copier coller entre le logo du spectacle, et le sous titre « opéra urbain ». Une des choses que j’avais le plus détesté avec Hamilton est cette façon qu’avaient eu les médias de présenter le show en mode « c’est une comédie musicale mais c’est du rap, donc c’est bien, parce que ça fait pas comédie musicale », avec toujours ce fameux sous entendu que la comédie musicale c’est nul et que c’est un sous-genre. Alors, avoir cette impression que ça allait être la même chose avec Molière ne m’a franchement pas mise dans de bonnes dispositions, même si j’avais plutôt bien aimé le premier single. Et puis les premières critiques ont commencé à tomber, et quand j’ai lu des avis si élogieux de la part de personnes ayant d’habitude la dent très dure, je me suis dit qu’il était possible que j’aie finalement une excellente surprise, et ce fut le cas !


J’ai fait 2 représentations au Galaxie d’Amnéville le week end passé, le samedi soir et le dimanche après midi. Pourquoi 2 me direz-vous, alors que j’étais convaincue de ne pas aimer ? Ma première place avait été achetée dès l’ouverture de la billetterie d’abord par curiosité. Il n’y a quand même plus tant de spectacles que ça qui partent en tournée et passent près de chez moi donc quand il y en a, j’y vais, ça m’évite le déplacement jusqu’à Paris et ça me coûte moins cher, même si les Zéniths de province ne sont jamais très adaptés à ce genre de shows. De plus, je préfère juger par moi-même et me faire ma propre opinion. Et puis, comme mentionné ci-dessus, je n’arrêtais pas de lire de bons avis, et de voir les gens y retourner une seconde fois, voire une 3e, et je me suis dit que c’était probablement le genre de spectacle où il y a tellement à voir et à absorber qu’une fois n’est pas suffisant. Aussi, quand ils ont rajouté une séance le dimanche après midi, je n’ai pas hésité une seule seconde et j’ai foncé. Rétrospectivement, j’ai bien fait, car je n’aurais pas voulu rester sur mon feeling du premier soir, je m’en expliquerai un peu plus loin. 



J’aime bien leur façon d’introduire le spectacle, qui te met petit à petit dans l’ambiance, douce transition entre le monde réel et celui qui va prendre vie sous nos yeux. Et vu la puissance du premier tableau, ce n’est pas du luxe !


Visuellement, j’ai trouvé que c’était extrêmement réussi. Si vous me suivez sur Instagram et lisez mes articles, vous savez que j’ai horreur des productions qui usent et abusent des projections et se reposent uniquement là-dessus. Ici, elles sont utilisées de façon assez judicieuse, pour enrichir les décors en dur. La structure en bois rappelle inévitablement Hamilton mais ça s’oublie assez vite en fait. J’ai énormément aimé les deux passerelles (même si parfois, le bruit qu’elles font en montant et descendant amène un bruit parasite un peu gênant), qui permettent une utilisation de toute la cage de scène ou presque. 


Je suis toujours conquise par les chorégraphies de Romain RB, mais ici, j’ai été soufflée par l’effet produit. J’ai vu le spectacle de près les deux soirs, donc je ne peux qu’imaginer ce que ça donne quand on le voit de loin, mais je me doute que le rendu doit être impressionnant. Mais là où je trouve ça hyper fort, c’est que de près, on profite des chorégraphies d’une autre façon. Je me suis sentie happée par l’(incroyable) ensemble, un peu comme si le spectacle était immersif, tellement leur énergie se déversait sur les premiers rangs. Une vraie belle réussite selon moi !


Le spectacle entier regorge d’anachronismes, qui fonctionnent de façon inégale, aussi bien dans les textes que d’un point de vue visuel. J’ai beaucoup aimé le flou instauré par les interventions de l’habilleuse, la symbolique des manteaux retirés, etc ; quant au 4e mur qui est pulvérisé en début de second acte, c’est tellement gros, mais ça fonctionne tellement bien je trouve ! Je ne m’attendais pas à un spectacle entièrement chanté. Je pense que je l’avais lu dans les diverses critiques mais mon cerveau n’avait pas imprimé l’information donc j’ai été un peu surprise sur le moment. C’est quelque chose qui pourra rebuter probablement plus d’une personne, mais étant habituée à ce genre de structure dans d’autres spectacles, ça ne m’a pas dérangée. J’irais même jusqu’à dire que ce n’est peut-être pas plus mal en raison du niveau de jeu disparate des artistes. Les transitions sont globalement réussies, même si à la longue, le côté « je m’appelle ci ou ça » est un peu redondant. Et certaines marchent moins bien, je n’ai pas accroché à « Chez Conti » par exemple ou encore « Conti lit Tartuffe ».


Musicalement, les chansons sont très efficaces, j’ai fredonné les différents morceaux tout le week end et toute cette semaine, je pense que je vais saigner l’album pendant un bon moment. Cependant, dans le cadre du spectacle, je suis plus mitigée, certaines n’apportent pas grand-chose, notamment « A quoi ça rime », qui porte bien son nom. L’histoire avance finalement plus avec les transitions que les chansons proprement dites. Il y a beaucoup de morceaux où je me suis dit « tiens, ça ressemble à quelque chose que je connais » mais l’apogée, c’est quand même « Montfleury dénonce Molière ». La ressemblance avec « Guns and Ships » de Hamilton est tellement forte que ça en devient limite, il ne faudrait pas que Lin Manuel Miranda entende ça !


Petite déception sur « Moi je veux », sur lequel, soit dit en passant, Shaïna Pronzola excelle. Je n’ai pas été convaincue, je pense que la position de la chanson dans le show la dessert et minimise son impact. Peu de temps avant, on assiste à un intermède sur le féminisme en réaction à la parution de l’Ecole des Femmes. On commence à entendre un bout de « Moi je veux », et au moment où on commence à se dire que ça va monter en puissance, paf, ça s’arrête, pour finir la scène avec quelques répliques qui, pour moi, tombent à plat et cassent le rythme. Quand la chanson arrive enfin, une dizaine de minutes plus tard, l’énergie est un peu retombée, c’est dommage. J’aurais préféré un schéma comme celui de « Something about her » dans Pretty Woman, où on a un préambule puis la chanson dans son intégralité juste après la scène de comédie. En revanche, je trouve que les tableaux de clôture des deux actes ont été particulièrement soignés, et j’ai trouvé le tableau final très émouvant, un bel hommage à l’œuvre de Molière. 


Le livret est dense, très dense, peut être trop. Je comprends que l’histoire s’étale sur une très longue période et qu’il y a beaucoup à couvrir mais du coup, certains points restent trop superficiels ou s’enchaînent trop vite. Par exemple, en à peine 12 minutes, on fait la connaissance du Prince de Conti et de son mode de vie, qu’il abandonne en 3 secondes 30 suite à une maladie pour rejoindre une confrérie d’intégristes, ça fait un peu beaucoup à assimiler en peu de temps. Ceci dit, j’en comprends la nécessité ; compte tenu de tout ce qu’il y a à raconter, il aurait fallu prendre des libertés avec la chronologie réelle pour pouvoir faire autrement. J’ai apprécié que le show ne se centre pas seulement autour des amours de Molière, contrairement au Roi Soleil où il était raconté presque uniquement au travers des maîtresses. Ici, l’équilibre est meilleur entre l’aspect romantique et le reste, même si cela se fait un peu au détriment de certaines intrigues secondaires comme celle de Marquise/Louis Béjart. 


Si je m’étais arrêtée à ma première séance du samedi soir, je serais restée sur une impression assez mitigée et faussée. Le son dans les zéniths est toujours un peu bizarre, et pendant une grande partie du spectacle, devant les performances des artistes, je n’ai pas pu m’empêcher de me poser la question du playback une ou deux fois. Contrairement à Londres ou New York, le playback n’est pas si tabou dans certains spectacles français, et il y a déjà eu des précédents, donc ça ne me semblait pas si improbable, mais plus le show avançait et plus je me convainquais du contraire. Et puis, à un moment, l’espace de 15 secondes, je me suis retrouvée avec un artiste à moins de 2m de moi, j’entendais que ça chantait dans les haut-parleurs, il bougeait ses lèvres, mais j’ai vraiment eu la sensation qu’aucun son ne sortait de sa bouche. Et là, j’ai remis en question tout ce que je venais d’entendre pendant près de deux heures … Je suis sortie hautement frustrée et amère, avec cette désagréable impression de m’être faite berner. Au final, je suis ravie d’avoir pu faire une seconde séance, car passée la première fois et les multiples sollicitations visuelles et musicales, j’ai pu cette fois me concentrer à 100% sur ce que j’entendais et me rendre compte que non, c’était bien du live. J’ai aussi réécouté la séance de samedi par après et en effet, on entend bien que tout le monde chante en direct, pas d’hésitation là-dessus. Je garde néanmoins un très gros doute sur le moment très précis décrit ci-dessus, et vu la mise en scène à ce moment-là, ça ne m’étonnerait pas. Je n’ai pas réussi à le confirmer ou l’infirmer sur la seconde séance. Alors laissons leur le bénéfice du doute, et même si c’était bel et bien le cas, je vais le mettre dans le même panier que la note finale de Christine sur « Phantom of the opera » ou le cri d’Eponine, un recours rendu indispensable par les circonstances et qu’on pardonne bien volontiers au vu de tout le reste.



J’avais un peu d’appréhension à l’annonce du casting, dont les noms sont très connus pour le public de The Voice ou des accros à Tik Tok. Je n’avais pas trop d’appréhension sur leurs compétences vocales mais la comédie musicale est un art à part entière dans lequel il ne suffit pas de savoir chanter. J’ai pris une belle claque, très très impressionnée de la polyvalence des chanteurs principaux notamment en danse. J’ai beaucoup aimé aussi la mise à profit des talents de musicien d’Abi et Vike (la version guitare/voix de Rêver j’en ai l’habitude, un vrai bijou !). La galerie de (nombreux) personnages secondaires est interprétée par une foule d’artistes incroyables. J’ai adoré la good vibe qui émane d’Arezki Ait Amou, l’énergie et le sourire communicatif de Basile Sommermeyer et évidemment, la performance du caméléon David Alexis, dont le talent est tel qu’il peut décidément tout jouer (et qui nous a évité une énième reprise des mêmes vannes sur la Lorraine/Amnéville qu’on avait pu entendre sur les précédents spectacles de Dove Attia).


Obligée de mentionner aussi Abi Bernadoth se détache nettement. Son interprétation de ses deux chansons en solo est captivante, dommage qu’elles soient si similaires, j’aurais aimé des morceaux plus tranchés dans la musique et dans la thématique, afin de pouvoir profiter des différentes nuances de son jeu.

 

Et puis PETiTOM … Je n’ai pas les mots pour décrire sa performance, je pense que cet homme ne vient pas du Canada mais d’une autre planète. Difficile de se dire qu’il a pris le train Molière en cours de route tellement il est parfait pour ce rôle ! Chant, danse, acting, saltos arrières, y a-t-il quelque chose qu’il ne sache pas faire ? C’est un bonheur de voir évoluer sur scène un artiste si complet, et de lire sur son visage le plaisir et la passion d’être sur scène.

 

Il y a quelque chose dans ce spectacle qui m’échappe. J’ai toute une liste de petites choses que je n’ai pas trop aimées, j’aurais pu écrire un article complètement différent en ne me focalisant que sur ces points. Et pourtant, j’ai vraiment beaucoup aimé et je n’ai envie de garder que le positif. En fait, je pense que l’inspiration Hamilton qui est tant affichée est un piège, surtout pour celleux qui ont vu le show à Londres ou NY, car ça fixe nos attentes là où il ne faut pas. Il ne faut pas espérer de ce spectacle qu’il soit comme un show qu’on verrait à Broadway, je pense que ça n’a jamais été son objectif. Et une fois qu’on écarte ces attentes de notre cerveau, alors on peut vraiment en profiter pour ce qu’il est réellement et voir toutes les réussites : des décors et des chorégraphies qui claquent, des chansons qui restent dans la tête de façon quasi obsessionnelle, avec par-dessus une cohésion et une alchimie dans la troupe qui rajoutent une étincelle supplémentaire. On peut dire beaucoup de choses des grosses productions françaises en matière de comédie musicale, mais je trouve qu’un spectacle comme celui-ci manquait un peu dans le paysage depuis ces dernières années. Et j’ai un petit coup de nostalgie quand je vois des passionné.e.s faire X dates à travers la France comme j’ai pu le faire moi-même il y a quelques (oui, ok, de nombreuses) années et nouer des amitiés en marge de ce show. En bref, je pense que son succès n’est absolument pas démérité et j’aurai beaucoup de plaisir à y retourner, en tournée ou à Paris !

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