Cléopâtre, la Dernière Reine d'Egypte
- Caroline
- 19 juin 2022
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 12 oct. 2024
Spectacle de Kamel Ouali
Année : 2009
Pays : France
Cast d’origine : Sofia Essaïdi (Cléopâtre), Christopher Stills (César), Florian Etienne (Marc Antoine), Dominique Magloire (Charmion), Mehdi Kerkouche (Ptolémée), Amélie Piovoso (Octavie), Mickaël Trodoux (Octave)
En bref
Egypte, le temps des Pharaons. Cléopâtre réclame l'aide de César, à la tête de l'empire romain, pour la soutenir face à son frère Ptolémée. Le souverain ramènera la paix en Egypte, et tombera sous le charme de l'orientale. Après sa mort, celle ci jettera son dévolu sur le beau Marc Antoine, pourtant marié à Octavie. Leur histoire passionnée connaîtra malheureusement une fin tragique.
Mon avis
Cléopâtre, ou quand Kamel décide de se séparer du duo Cohen/Attia. Et quand Kamel décide de faire cavalier seul, le résultat est en demi teinte. Sur le papier, le projet était intéressant : un sujet prometteur (bien que l’époque égyptienne ne soit pas sans rappeler les Dix Commandements), un budget pharaonique (sans mauvais jeu de mots), un metteur en scène aux idées plus folles les unes que les autres … Et finalement, le problème est là je pense. Quand il n’y a personne pour le cadrer, Mr Ouali part dans tous les sens et en oublie le plus important.
Musicalement d’abord, l’album est co-écrit par plusieurs personnes différentes (Jena Lee, Stanislas, Lionel Florence, Patrice Guirao, Pascal Obispo, …), ce qui en fait un ensemble décousu, aux morceaux peu travaillés et sans forcément de relation avec le livret, dont certains présentent de fortes similitudes avec d’autres morceaux connus (Une Autre Vie/Somewhere only we know de Keane, Femmes d’aujourd’hui/Umbrella de Rihanna, Le Serment/Bring me to life d’Evanescence), et aux paroles plates et sans grande recherche. Ce sont des morceaux conçus pour passer en radio, qui ne font pas spécialement avancer l’histoire.
Vocalement, c’est pas dingue. Alors oui, quand on écoute le CD, on se dit qu’il y a de quoi faire. Merci la magie des arrangements et des multiples prises ! En live, c’est une toute autre histoire.
Le rôle de la Reine d’Egypte a été créé et écrit pour Sofia Essaïdi. Même si il y a un peu de piston dans l’air (Kamel s’était réservé le droit d’imposer Sofia en dernier lieu), il suffit de la voir sur scène pour comprendre que si le rôle a été fait pour elle, c’était surtout elle qui était faite pour ce rôle. Sofia excelle aussi bien en chant, danse ou comédie. On sent qu’elle a bossé comme une acharnée mais le travail paye et la performance est magnifique.

Sofia Essaïdi dans le rôle de Cléopâtre - Palais des Sports, Paris
Dominique Magloire, alias Charmion réalise également des prouesses vocalement. C'est une artiste solide, sa formation de chant lyrique est parfaitement exploitée et c’est une ovation du public lors de chacun de ses morceaux.
Quant à Christopher Stills, même si vocalement, certaines notes ont parfois du mal à passer, il reste assez convaincant niveau comédie et campe un César relativement crédible.

Christopher Stills dans le rôle de César - Palais des Sports, Paris
Mehdi Kerkouche, qui interprète le rôle de Ptolémée est un danseur extraordinaire, et se révèle hilarant comme comédien, mais j’ai quelques doutes au sujet du fait que ses performances vocales soient en live car un peu trop parfaites pour être vraies. Il n’en reste que Ptolémée est l’élément comique incontournable du spectacle qui rythme le 1er acte et que le second acte souffre de quelques longueurs, en partie à mon avis à cause de son absence.
Quant aux deux derniers interprètes, ils ne sont pas convaincants du tout et ont plutôt tendance à tirer le spectacle vers le bas.
Amélie Piovoso, même si elle possède un timbre intéressant, a énormément de mal à sortir des notes claires et justes et camoufle cette faiblesse à grands renforts de growls insupportables. Elle ne semble pas à l’aise dans son rôle, ce qui peut se comprendre aussi vu la hauteur de sa perruque et de ses talons. A sa décharge, le rôle d’Octavie est pour moi inutile dans la version où Kamel la voyait. A mon sens, Octavie ne sert à rien sauf de faire valoir à Cléopâtre et par extension à Sofia. Les choix qui ont été faits (changements de chanson entre Octavie et Cléopâtre notamment) l'ont été au détriment du personnage. Dommage, le talent de Sofia se suffit à lui-même, pas besoin de rajouter par-dessus un rôle plat et sans intérêt pour la mettre en valeur. Au contraire, lui opposer un personnage fort, interprété par quelqu’un de solide vocalement aurait donné un peu plus de relief à l’histoire. A noter toutefois la performance de Fanny Fourquez, doublure de ces deux rôles, qui a proposé une vision complètement différente de l’Octavie de Kamel, et plus intéressante à mon goût, le personnage ne se résumant plus alors à celui de la pauvre pomme qui se fait piquer son mec sans broncher. Fanny, qui, de plus, semblait bien plus à l’aise dans son costume et dans ses chansons que sa collègue. En bref, Amélie est certainement une jeune fille qui a du talent et de la personnalité, le premier n'ayant pas pu s’exprimer dans un domaine comme celui de la comédie musicale, et la seconde réprimée pour les besoins du personnage.

Fanny Fourquez dans le rôle d'Octavie - Palais des Sports, Paris
Et terminons avec la grosse erreur de casting du spectacle, et je pèse mes mots. Sur les 10 représentations auxquelles j’ai assisté (oui oui, 10 ... C'est plus de l'amour, c'est de la rage !), Florian Etienne, interprète de Marc Antoine, a été incapable d’en assurer une sans fausse note. Alors OK, des fausses notes, ça arrive à tout le monde (même à des monuments de Broadway à la technique vocale impeccable comme Ramin Karimloo ou Eden Espinosa), mais trop, c’est trop ! De plus, il semble mal à l’aise avec son corps et son jeu d’acteur, même s’il était un peu meilleur sur la fin des représentations, demeure médiocre. Bref, un magnifique exemple de « on prend une belle gueule pour faire fantasmer les adolescentes et les faire venir au spectacle, au détriment du talent ». Sauf que les adolescentes, si elles ont certes des hormones, elles ont également des oreilles et ne s’y sont pas laissées prendre. A noter une nouvelle fois que la performance de la doublure, Ivan Pavlak, était nettement meilleure que celle du titulaire.

Ivan Pavlak dans le rôle de César - Le Millesium, Epernay
Niveau comédie, l’acteur Mickaël Trodoux, vu dans Cœur Océan a su parfaitement se défaire de cette image d’acteur de série pour adolescents pour s’investir corps et âme dans les trois rôles qu’il interprète, allant jusqu’à payer de sa personne et accepter de se manger une vraie baffe tous les soirs !
Côté chorégraphies, on voit que c’est le domaine de Kamel. Il y a de l’idée, il y a du talent, de l’imagination, et assez de folie pour arriver à tout concrétiser. Le seul reproche qu’on pourrait lui faire est de ne pas avoir su, contrairement à ses précédents spectacles, intégrer à 100% ses danseurs à l’histoire. Les danseurs sont là pour danser, point à la ligne, seul Feroz Sahoulamide semble avoir un rôle « récurrent ». Bref, je n’adhère pas forcément à ce concept. L’idée des circassiens est également très bonne, même si leurs capacités étaient peut être pour certains légèrement sous exploitées. Côté danseurs, rien à redire, le maestro sait s’entourer d’une solide équipe. Parmi eux, sont à noter le duo Malik LeNost/Tatiana Seguin, magiques sur leur intermède aquatique, les duos Mehdi Kerkouche/Stéphanie N’Guyen ou Anna Ivacheff selon la période concernée, ainsi qu’Adrien Galo et son solo pour ne citer qu’eux.
Question décors et costumes, on en prend plein les yeux. Tout est dans la démesure et le tape-à-l’oeil. On voit bien qu’une grosse partie du budget a été engloutie dans ces domaines, mais le résultat est stupéfiant. Dominique Borg n’a de nouveau pas failli à sa réputation, créant des costumes tour à tour somptueux (la robe bleue du début de second acte), simples mais néanmoins très beaux (la toute dernière robe de la Reine), voire surprenants (les costumes de la scène du mariage).
Ce spectacle a une place très particulière dans mon coeur, je l'ai suivi du début à la fin. J'ai assisté aux répétitions à Neuilly, à la première, sur de multiples dates de la tournée, et j'ai pleuré comme une madeleine lors de la dernière. Toutefois, mon attachement à toute l'époque qu'il me rappelle ainsi qu'à certains de ses artistes ne me fait pas perdre de vue mon objectivité. Kamel Ouali est chorégraphe et ferait mieux de s’en tenir à ce domaine. Si ses spectacles sont toujours époustouflants d’un point de vue chorégraphique et visuel, Cléopâtre, la Dernière Reine d’Egypte souffre d’une lacune énorme au niveau musical : des chansons sans intérêt, des interprètes au niveau inégal, … Il manquait cette caution musicale, cette expertise qu'avaient apporté Dove et Albert sur le Roi Soleil, pour réitérer le succès de ce dernier. C'est la preuve pour moi que chacun a sa spécialité, et que, plutôt que de vouloir tout faire soi même, l'union fait la force !
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